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L'evolution de la parentalité - Marie Bruneau

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                                ASSOCIATION VAROISE POUR LE RESPECT DE L’ENFANT

                                                              Marie Bruneau
                                                      Psychologue Clinicienne
                                                     Directrice de l'Association

                                                     FORUM JUSTICE - HYÈRES
                                                        MARDI 12 AVRIL 2011

                                               L’ÉVOLUTION DE LA PARENTALITÉ

Parler de la parentalité et de son évolution est un sujet immense, sur lequel de
nombreux professionnels ont déjà beaucoup parlé et écrit, cependant c’est aussi un
débat qui nous concerne tous à des titres et à des places différentes, et sur lequel il
me semble important de continuer à échanger.
Le sujet n’est pas épuisé et les problématiques inhérentes à la parentalité semblent
parfois ne trouver aucune issue.
Il faut attraper cette question par un bout, il n’est pas possible de rendre compte
de tous les aspects à traiter même si ils sont aussi fondamentaux les uns que les
autres.
Je suis psychologue clinicienne et responsable d’une Association qui accueille
depuis de très nombreuses années des familles ; c’est à partir de cette place et des
questions qui se sont posées dans mon travail et celui de l’équipe, que j’ai choisi de
faire part, non pas « d’un savoir mode d’emploi », mais d’un questionnement.
Depuis presque 20 ans, nous sommes à l’écoute de l’histoire singulière de chacune
et chacun ; il me faut préciser ici que chaque enfant , chaque parent ou substitut,
fait part de sa trajectoire, et que si l’on peut raisonnablement à un moment donné
de l’expérience, s’autoriser à dire ou questionner quelques généralités, nous ne
perdrons jamais de vue que ce qui est le plus important c’est ce que chaque
personne aura à dire ou dira à partir de son expérience intime et de ce qu’il peut ou
ne peut pas supporter.
Ce qui vaudra pour l’un, ne vaudra pas forcement pour l’autre ; il nous faudra être
exigeant avec nous-mêmes pour éviter « un « tous pareils » ; un « tous pareils » qui
avec des aspects, des habillages différents selon les époques reste une des
questions préoccupantes de la société humaine.
Pour introduire mon propos, je voudrais simplement préciser que dès l’évocation
de la notion de parents, de parentalité et de relations parents-enfants, nous
sommes dans la complexité.
En effet ces mots, ces signifiants : je suis parent, j’ai des enfants, c’est mon enfant,
je suis sa mère, je suis son père, que nous employons chaque jour, que veulent-ils
dire ? Quelle réalité affective, psychique, matérielle recouvrent-ils ? Quels droits,
quels devoirs ouvrent-ils ?
Tout au long de l’histoire de l’humanité et des sociétés, nous constatons que jamais
la place des uns et des autres n’a été facile.
La question « qu’est-ce qu’être parent ? » ne connait aucune réponse toute faite. Et
je me permettrais d’emprunter à Rozenczveig une interrogation qui pose d’emblée
l’immensité de la réflexion sur laquelle nous ne pouvons faire l’impasse, je le cite : «
être parent plutôt que avoir un enfant ».
Notre humanité est passée par tous les stades à l’égard de la position du parent et
de l’enfant :
- la toute puissance avec le droit de vie et de mort,
- le droit d’abandon inconditionnel,
- l’interdiction d’émotions ou de gestes de faiblesses : « amour de
l’enfant mais point de sentiment de l’enfance, a-t-on pu constater
maintes fois ; non point insensibilité, mais autre sensibilité que la
nôtre » écrit l’historien Georges Duby dans son ouvrage « Histoire
de la vie privée de la Renaissance aux Lumières.
Nous avons traversé des siècles d’ignorance quasi totale de ce qu’un enfant peut
ressentir ou de ce dont il peut avoir besoin. Cette traversée de notre humanité a
été éclairée par des figures légendaires : saint Nicolas au IVème siècle, qui lutta
toute sa vie contre le droit de vie et de mort sur les enfants, saint Vincent de Paul,
au 17ème siècle qui lutta contre l’abandon qui menait les enfants à une mort
certaine ; il instituera le fameux tour afin que les mères puissent y déposer les
enfants ; plus tard, Jean Jacques Rousseau, ainsi que les penseurs et les médecins
des Lumières, au 18ème siècle, vont apporter un renouveau , une vision de l’enfant
et de la famille qui seront les timides prémices, mais fondamentaux, des évolutions
qui vont se poursuivre jusqu’à nous.
Les grands bouleversements, depuis la fin du 19ème siècle avec l’apport considérable
de S. Freud et de la psychanalyse jusqu’ à nos jours, nous indiquent qu’être parent,
qu’être enfant, n’a pas connu d’âge d’or, pas de temps mythique ou d’Eden disparu.
Nous sommes face à notre condition humaine, avec ses doutes, ses multiples
questions, ses errances ; pas de solutions toutes faites ni de mode d’emploi.
Nous sommes, adultes , devant nos enfants, devant les enfants, parfois, tour à tour,
sûrs de nous, propriétaires, exigeants, démunis, indifférents, désintéressés,
aimants, maltraitants, envahis de questions et de culpabilité ou refusant de nous
questionner de peur de nous y perdre.
Avant d’être parent nous sommes d’abord homme et femme, nous avons été
adolescent, enfant, nous sommes toutes et tous passés par ces moments de la vie ;
chacune et chacun dans un cheminement et une histoire singulière ; nous avons
traversé plus ou moins d’épreuves, la vie a été facile ou difficile, terrible pour
certains, mais nous arrivons tous à l’aube d’être parent avec notre bagage
personnel.
Lorsque l’enfant ou les enfants arrivent dans la vie des adultes, le poids de leur
l’histoire familiale est déjà là, la leur et celle de leur famille.
Freud après Nietzsche disait « l’enfant est le père de l’adulte »
La maternité, la paternité ne nous enlèvent pas ce poids, nous sommes au moment
d’accueillir l’enfant, des sujets avec nos ressentis, nos émotions, notre expérience
intime de l’attachement et de l’amour, même bien entendu quand il n’a pas présidé
à notre histoire d’enfant, et c’est avec cela qu’il va falloir construire chaque
relation, chaque rôle parental. Jacques Lacan écrivait « nous sommes comptés
avant de compter, » je me permettrais de reprendre son propos pour dire :
nous sommes contés et racontés avant de pouvoir nous mêmes en dire quelque
chose.
Si je prends le temps de faire ce petit détour et d’y insister, c’est un peu pour
« planter le décor » , un décor où il me semble indispensable, pour nous interroger
et penser cette question de « qu’est-ce qu’être parent ? », de ne pas perdre de vue
dans nos réflexions que nous ne venons pas de nulle part, que nos enfants et nousmêmes
allons tricoter une histoire ensemble sur une histoire qui nous est déjà
donnée, bon gré, mal gré, et où l’amour et le respect n’ont pas toujours été au
rendez-vous .
Je précise aussi, bien entendu, que pour certains et heureusement, être parent
semblera plus facile, cependant vous comprendrez que dans mon travail de
psychologue et de surcroit dans les missions qui sont les nôtres, mon propos
s’attardera plus sur les difficultés, les effets et les ravages des différents
dysfonctionnements, même si l’évolution au fil des siècles et particulièrement celle
du 20ème siècle a apporté sa part de meilleure considération de la place de l’enfant.
De tout temps la question du rôle, et de la place des adultes, parents ou substituts
parentaux auprès des enfants s’est posée, même si comme nous le savons, pour les
siècles passés et encore aujourd’hui dans certaines sociétés, penser cette place n’a
pas pu ou ne peut pas se faire.
Mais aujourd’hui, ici, en 2011, posons-nous la question : Quels sont nos devoirs et
obligations ou plus exactement quels devraient être nos devoirs à l’égard de
l’enfant ? et : Comment avons-nous évolué dans le registre de nos « devoirs » ?
J’emprunterais à Jean Pierre Lebrun, psychanalyste, le titre d’un de ses ouvrages :
« La condition humaine n’est pas sans condition ». Notre humanité a mis des siècles
de travail et de lumières, pas de fourmis après pas de fourmis, pour prendre
conscience qu’effectivement notre humanisation ne pouvait pas se faire sans
condition.
Notre devoir premier, notre responsabilité première c’est l’humanisation, ou du
moins une fois de plus, ce devrait être l’humanisation. Nous pourrions certainement
passer des heures sur cette notion à la fois si évidente et si compliquée, alors je vais
essayer d’en dire quelques mots simplement : l’humanisation c’est tout d’abord,
me semble-t-il, accueillir l’enfant en lui transmettant la parole, le langage, et
l’investir en lui offrant la certitude qu’il n’est pas un objet, notre objet, et que les
autres n’en seront pas un pour lui.
Cette notion d’humanisation nous engage à prendre en considération tous les
besoins fondamentaux nécessaires au développement de l’enfant, à ce que l’on
nomme : intérêt supérieur de l’enfant.
Mais prendre en considération l’intérêt de l’enfant, ouvre un débat qui là encore
est loin d’avoir trouvé consensus et apaisement tant pour les familles que pour les
professionnels. Je vais tout de suite préciser au moins un point : l’intérêt de l’enfant
ou l’amour pour un enfant, ce n’est, dans tous les cas, certainement pas l’élever au
rang d’enfant roi et de ses ravages ; « l’enfant roi » qui est d’ailleurs une des
facettes préoccupantes dans l’évolution de la parentalité ; prendre en compte
l’intérêt de l’enfant, c’est lui permettre de prendre part à la vie, en l’acceptant et
l’accueillant avec ses désirs, (à ne pas confondre avec envies consuméristes), avec

ses différences, ses risques, ses ratages et ses manques, et en acceptant comme le
disait Lacan, « de pacifier le désir et la loi », c'est-à-dire d’endosser le rôle de celui
qui limitera les pulsions.
Chacune et chacun s’écriera que loin de lui ou d’elle l’idée d’un enfant objet, que
seul l’amour ou le bien pour l’enfant est aux commandes de ses gestes et de ses
choix, et pourtant cette notion d’objet et d’appropriation est un des invariants de
notre histoire, elle est au coeur du secret des séances avec l’enfant comme avec
l’adulte. C’est bien de cela qu’il s’agit : qu’avons-nous été pour nos parents,
comment avons-nous été inscrit, reconnu, investi et comment à notre tour, en tant
qu’adulte investissons-nous nos enfants ?
Revient alors inlassablement cette question : à qui appartient l’enfant ? Et à partir
de cette « appartenance filiation » qui se confond trop souvent avec appropriation,
quelle vie commune est possible ? « C’est mon enfant, il est à moi, je fais ce que je
veux, j’en fais ce que je veux »
Jacqueline DERHET dans un article sur l’adoption écrivait : « pour être parent il faut
nommément y mettre du sien » et « offrir à l’enfant un lieu où loger son être. »
Être parent n’est pas un droit, être parent d’un enfant c’est répondre d’une place,
et le devoir à l’égard de l’enfant c’est avant tout comme je viens de le dire, y mettre
du sien pour le faire entre dans l’humanisation ; et cela est certainement le plus
difficile.
Difficile au moins de deux points de vue, qui se tissent et s’enchevêtrent au
quotidien :
· un point de vue affectif, psychique, qui prend en compte nos affects,
nos éprouvés à partir de notre trajectoire personnelle,
· et un point de vue sociologique, sociétal, qui relève de l’évolution de
notre société et de l’évolution des places et des rôles de chacun dans
cette société donnée. La nôtre de ce point de vue a connu au cours du
20ème siècle des remaniements très importants, nécessaires , mais qui,

de l’enfant auquel on n’accordait ni parole ni attention, de la mère qui
n’avait guère plus de droits que l’enfant , du père qui portait tout le
poids de l’autorité et de la famille, à la parentalité aussi diversifiée que
confuse que connaît notre période contemporaine, ne permettent plus
au plus grand nombre de trouver les marques et les repères qui étaient
les leurs ou qu’ils ont cru reconnaître comme leurs .
Durant des siècles en effet les rôles étaient distribués : un homme et une femme se
mariaient pour fonder une famille, sans trop se poser de questions ; la place de
chacun semblait aller de soi ; le père avait l’autorité , posait les limites et conditions
de ce qui était acceptable ou pas, la mère était plutôt du côté du maternage et du
soin quotidien, tout cela parfois avec beaucoup d’amour, d’affection et de respect ,
parfois sans tendresse ni respect, là s’enchevêtrait avec les règles, us et coutumes
de la société, l’histoire plus ou moins douloureuse de chaque famille.
Héritière d’un passé qui n’avait pas toujours convenu, chaque génération tente de
réparer ses blessures et carences d’enfant à travers les générations d’après, réparer
ou répéter encore et encore les mêmes souffrances.
Le 20ème siècle a bouleversé les acquis familiaux et la liberté individuelle a généré de
nouvelles constellations familiales, la place de chaque parent s’en est trouvé
remaniée.
Tout d’abord le remaniement s’est effectué dans les diverses revendications, celles
des femmes qui n’ont plus accepté d’être socialement contenues et assignées à un
rôle de mère et d’épouse décidé par la société, et qui se sont battues pour obtenir
un rôle, une place, une parole dans le champ professionnel et social, ce qui bien
entendu a eu des effets dans leur rôle et place de mère. De ce fait l’image de la
maternité en tant qu’accomplissement de toute vie de femme, est tombée et les
femmes se sont autorisées à dire et leur refus et leur difficulté d’être mère.
De leur coté, les hommes, libérés également du carcan imaginaire de la virilité et
de la toute puissance, se sont positionnés différemment en tant que pères à l’égard
de l’enfant et ont revendiqué une autre forme de paternité en affirmant, entre
autre leur capacité de « paternage ».
Le partage des responsabilités de chacun s’en est trouvé modifié ; ce qui semblait
impensable a, petit à petit, trouvé une place dans la constellation familiale, des
pères ont pu affirmer leur désir d’enfant et de s’en occuper là où précédemment
toute tentative de cet ordre était suspecte et taxée de féminité.
Père et mère ont fait des avancées fondamentales dans le lien à l’enfant, et
nombreuses études et publications retracent l’émergence de ces nouveaux
maillages affectifs et psychiques. Comme le cite le sociologue Gérard Neyrand dans
son ouvrage : «L’enfant, la mère et la question du père » :( page 220) :
« La ressemblance entre les comportements maternel et paternel à l’égard du
bébé établit l’égalité des compétences interactives de la mère et du père. Ce qui
importe est la qualité de la relation au bébé plus que le statut de la ou les
personnes qui établissent cette relation, mais cette implication des pères n’est pas
isomorphe à celle des mères, il ne s’agit pas pour eux de reproduire un
comportement strictement maternant, ni pour les observateurs de le prendre pour
des mères ».
Dans la même communauté de pensée, JP Lebrun, dans « La condition humaine
n’est pas sans condition » écrit : « mais aujourd’hui se passe autre chose, un
phénomène qu’on a déjà vu se produire dans le passé : certains pères ne sont plus
que des doublons de la mère, voire même dans certains cas volent quasiment à la
mère sa place de premier Autre ».(page 171)
Une de nos difficultés très contemporaines est effectivement là : le rôle du père et
de la mère ont perdu leur spécificité établie, la famille se compose , se décompose
et se recompose selon de nouvelles règles, les possibles changements, la rapidité
des mouvements de couple tant dans leur formation et leur lien que dans leur
dénouement et leur rupture, cette évolution où tout semble possible et égal a
généré des remaniements non seulement sociaux mais psychiques qui à leur tour
ont fait entrer les adultes parents et les enfants dans la confusion des rôles, des

places, et des générations, et l’on peut se demander comme le fait Jean-Pierre
Lebrun, dans son livre « La perversion ordinaire » : je cite : « entre le retour à
l’ordre d’hier et le programme libertaire de l’autonomie maximale.. il existe une
troisième voie qu’il va falloir frayer, le passage d’un ordre d’hier …………
En effet , par delà ce qui était nécessaire du côté d’un changement dans le champ
des libertés individuelles, tel un balancier ou une catapulte nous sommes propulsés
dans un autre champ : celui de la confusion et du « tout possible, tout pareil »
auquel je faisais précédemment allusion, l’égalité des droits nous fait quelquefois
oublier dans nos pensées, qu’égalité de droits ne signifie pas abrasion ou gommage
de la différence des générations, des différences individuelles, et surtout ne peut
pas , même si c’est ce que chacune et chacun voudrait croire , nous permettre de
faire l’impasse de l’inscription dans la perte et le renoncement ; le renoncement
nécessaire pour entrer dans le champ d’adulte sujet et y occuper la place de parent,
garant d’une loi symbolique , sans laquelle l’enfant ne pourra assumer à son tour sa
condition humaine.
Sans pouvoir ici en examiner et analyser tous les contours et circonvolutions j’ai
envie de demander : Que se passe-t-il aujourd’hui pour qu’autant de parents et
d’enfants se trouvent dans une telle souffrance intime et familiale ? Malgré
l’évolution des connaissances, des techniques, du droit, des lois, comment à ce jour,
tant de parents, tant d’enfants peuvent-ils avoir une vie de famille qui ressemble à
un tel
Champ de bataille ? que se soit dans les familles où une séparation est intervenue
ou pas, les adultes témoignent de leur désarroi, « je suis dépassé », disent-ils, « je
n’y arrive plus, je ne sais plus quoi ou comment faire » ; de leur côté les enfants n’y
trouvent pas leur compte non plus, « les parents, me disait il y a quelque temps un
enfant de 9 ans, ils nous donnent pas l’exemple, ils nous donnent des illusions, ils
nous disent ce qu’il faut pas faire et eux ils le font pas , quand on sera grand, on se
vengera, on fera comme eux, parce que là on souffre trop, un jour on se vengera »

« Mon beau-père il me dit que je sers à rien, ce n’est pas très gentil quand même,
vous ne trouvez pas ? » me disait une jeune patiente de 12 ans, prise dans les affres
de la séparation conflictuelle de ses parents.
Alors bien entendu, je ne me désengagerai pas de mes propos précédents : la vie de
famille n’a jamais connu de temps mythique, d’âge d’or, ou, pour reprendre une
image bien connue de tous, pas de petite maison dans la prairie !
La violence, la maltraitance, le mal être, ou la mésentente, l’absence d’affection
sont autant de constats et de plaintes que l’on retrouve depuis la nuit des temps.
Cependant puisque notre réflexion de ce soir est de s’interroger ensemble sur
l’évolution de la famille et de la parentalité il nous faut bien, en plus des constats,
nous demander ce qui se passe aujourd’hui qui ne se passait pas hier ? Les
invariables nous les connaissons, mais les variables quels sont-elles ?
C’est ici que je peux témoigner plus précisément de mon travail et de celui des
professionnels qui travaillent avec moi, et je me permettrai aussi d’être un peu le
porte-parole de tous les professionnels qui oeuvrent dans le champ du social, pour
dire que ce qui a changé, c’est que l’on est passé d’un « rien n’est possible » à
« tout est possible » , à un « trop de limites et de privations » à un « sans limite ,
sans frustration » et cela sans pouvoir mesurer les implications de ces nouvelles
modalités dans l’éducation et le partage de la vie commune.
Je ne fais pas, ici le procès ou l’apologie d’un système contre un autre , ce
positionnement binaire et réducteur ne nous apporte rien du coté de la pensée, il
risque de nous dévier vers des règlements de comptes et une bataille rangée , pèremère
, homme-femme , hétéro-homo, célibataire-conjoint, ces luttes qui nomment
des catégories et qui oublient le sujet et l’être de chacun ne pourront pas, à mon
sens faire avancer la question de la parentalité, seuls peuvent nous faire avancer
l’acceptation d’un travail exigeant sur nous-mêmes, le nécessaire chemin à
parcourir sur nos représentations, nos images, nos attentes de ce « qu’est-ce être
parent et non avoir un enfant », sur ce qui permet et sur ce qui empêche un sujet
d’endosser et d’assumer sa place réelle ou symbolique auprès de l’enfant.


L’évolution et les progrès de la société, avec leur lot de bonnes choses, nous
permettent, à toutes et tous, de faire valoir nos droits et légitimer nos positions de
mère, de père, de beaux parents, sans interroger la place d’objet à laquelle nous
assignons l’enfant.
L’inquiétude, l’angoisse de voir les enfants souffrir ou manquer, se tissent et se
confondent avec nos angoisses face à notre difficulté à supporter nos manques et
nos ratages, croyant combler l’enfant nous nous comblons nous-mêmes, tant, il
faut le reconnaître, être humain est difficile.
Je ne peux m’empêcher de conclure en lisant le texte de Freud où il montre le poids
qui pèse sur les enfants et la voie de renoncement nécessaire pour que nos rêves
d’adultes ne barrent pas le chemin de leur avenir : « l’enfant aura une vie meilleure
que ses parents, il ne sera pas soumis aux nécessités dont on a fait l’expérience
qu’elles dominaient la vie, maladie, mort, renonciation de jouissance, restrictions à
sa propre volonté, ne vaudront pas pour l’enfant, les lois de la nature comme celle
de la société s’arrêteront devant lui, il sera à nouveau le centre et le coeur de la
création, il accomplira les rêves que les parents n’ont pas mis à exécution, il sera un
grand homme, un héros, à la place du père , elle épousera un prince…. ».
Jean- Marie Forget, psychanalyste commentait ces quelques lignes de Freud en
écrivant :
« il appartient aux parents, dans le fil de la croissance
d’un enfant, d’effectuer un véritable travail de deuil pour
permettre à celui-ci de se trouver déchargé des rêves, de
l’idéal dont il est initialement porteur ; c’est au prix d’un
tel travail , nécessairement douloureux, que les parents
se réapproprient la responsabilité de leurs rêves et que
l’enfant se voit reconnu une place … c’est à ce prix que
l’enfant peut ne plus être l’instrument d’incomplétude
des parents… ».
-Marie Bruneau

Avertissement:

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Dernière modification: Jeudi 20 juin 2013 - Fiche: 471
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